Publié le 07 juillet 2026

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Kylian Mbappé, ou la beauté des mains sales dans le combat contre l’extrême droite

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En répondant publiquement aux attaques racistes, le capitaine de la sélection française au Mondial masculin de football a rappelé que ce sport reste l'un des grands champs de bataille de notre époque contre l'extrême droite.

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Kylian Mbappé, lors de France-Sénégal au Mondial masculin de football, le 16 juin 2026.

Vue de France, cette Coupe du monde de football masculine a un côté idyllique. Et pas seulement sur le plan sportif. Sur le plan politique aussi. Pourtant, dès les premiers jours du tournoi, le surnom de « Coupe du monde de la honte » se trouvait pleinement justifié par les refoulements aux frontières, les ingérences de Trump largement acceptées par la Fifa, les aberrations écologiques d’une compétition survolant trois pays sur des distances gigantesques.

Mais l’histoire nous a appris que les grandes compétitions sportives, par leur résonance et leur appropriation populaire, sont inévitablement des événements politiques qui affrontent leurs propres contradictions. Les Jeux olympiques et paralympiques 2024 à Paris nous avaient déjà montré cette puissance politique des cultures populaires, et avaient déjà été la scène de l’affirmation salutaire d’une France ouverte et diverse, laquelle avait déjà fait enrager l’extrême droite.

Ce Mondial, cette équipe de France, et singulièrement Kylian Mbappé, nous font encore passer un nouveau cap dans cette bataille culturelle contre le racisme et ses ambassadeurs politiques.

Ne nous retenons pas : oui, ce Mondial, cette équipe de France, et singulièrement son capitaine Kylian Mbappé, nous font encore passer un nouveau cap dans cette bataille culturelle contre le racisme et ses ambassadeurs politiques. Depuis plusieurs semaines, notre sélection est attaquée sur la place des héritiers de l’immigration en son sein. Ces attaques ne sont pas nouvelles : Le Pen père et fille avaient déjà en leur temps fustigé ces équipes « pas françaises ». En 2022, après la finale contre l’Argentine, de nombreuses insultes racistes contre les joueurs (et particulièrement contre Mbappé, déjà) avaient marqué les célébrations en Amérique du Sud.

Réponse magnifique et prise de position politique

Cette année, avant le match contre la Paraguay, déjà, l’ancien gardien de la sélection José Luis Chilavert avait ouvert les hostilités dans une sortie raciste, avant que nous lisions effarés la déclaration immonde de la sénatrice Celeste Amarilla. Le lendemain de la rencontre, elle avait publié sur X : « Un idiot qui n’a même pas appris à écrire, au lieu du lait maternel il tétait des noix de coco et la chose la plus instruite qu’il ait jamais entendue, ce sont des chimpanzés. Tu aurais dû lui faire un doigt d’honneur, Orlando Gill, je le fais au Sénat et il ne se passe rien. »

La réponse magnifique de Kylian Mbappé n’est pas à prendre à la légère. Non seulement il distingue cette personne « méprisable et indigne » des joueurs qu’il a affrontés sur le terrain et à qui il rend hommage (mettant fort justement à distance la compétition sportive de son instrumentalisation), mais il termine par cette sentence univoque : « Je ne laisserai jamais aux gens comme elle, la liberté de laisser propager leur haine et leur racisme à travers le monde. »

Ici, le « elle » remplace l’adresse personnelle mais délivre un discours général. C’est ce qu’on appelle une prise de position politique en bonne et due forme, si riche de sens dans le contexte que nous connaissons en France avec l’extrême droite aux portes du pouvoir. La force de ses mots se mesure à la manière dont ils ont été immédiatement repris par de nombreux citoyens et responsables politiques.

Mbappé n’est pas seulement représentant des quartiers, mais bien de l’empreinte de ces derniers dans l’identité française contemporaine.

Cette prise de position, ce risque pris par le capitaine de l’équipe de France, ne sort pas de nulle part. Kylian Mbappé a déjà manifesté plusieurs fois son hostilité aux idées d’extrême droite, notamment lors d’une séquence mémorable en conférence de presse, devenue un classique des réseaux sociaux. Nous n’oublions pas non plus qu’il avait rendu hommage au jeune Nahel Merzouk, mort à Nanterre des suites de sa rencontre avec la police en 2023, déclenchant une vague de soutiens dans le monde du football français, mais aussi bien évidemment les foudres de l’extrême droite et les critiques d’une partie du champ politique et médiatique.

Il y a bien à une continuité, dont les fondements se trouvent dans l’ancrage social et culturel de « Kyky de Bondy » dans les quartiers populaires français. Il n’est pas seulement représentant des quartiers, mais bien de l’empreinte de ces derniers dans l’identité française contemporaine.

Joueur hors du commun, Killian Mbappé nous rappelle à chaque étape de sa carrière qu’il est aussi une personnalité hors du commun, dont le rayonnement (et les débats qui l’accompagnent) est sans comparaison dans l’histoire du sport en France. Mais au-delà des superlatifs, il nous montre encore autre chose : le courage de se salir les mains, sur le terrain comme en dehors. Ainsi, la réponse à la sénatrice sonne en écho de son interview à la fin du match contre la Paraguay : « S’il faut mettre les mains dans la merde… » Cette beauté-là, comme disait Sartre à la fin de sa fameuse pièce Les Mains sales, est « irrécupérable ». Et elle durera bien au-delà de la finale de la Coupe du monde.

Par Ulysse Rabaté

Publié le 07 juillet 2026

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